Mosaïque funéraire, accompagnement du deuil

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Mosaïque funéraire, accompagnement du deuil : parlons de vos projets au 06 01 97 70 71

utiliser un objet pour traverser le deuil sans censure

Un objet pour traverser le deuil

Depuis qu’elle a perdu sa mère il y a un an et demi, j’accompagne N., 55 ans, régulièrement. Ce jour-là, elle arrive sans trop savoir pourquoi elle ne se sent pas bien. Pas de raison précise, pas d’événement particulier. Juste ce sentiment diffus d’être à côté d’elle-même.

On parle. On évoque des souvenirs.
Et puis, à un moment, elle me parle de ses Moncchichi. Les peluches des années 80, petits singes qu’on appelait aussi « kiki »…

Ses yeux s’illuminent d’un coup.

Elle me raconte : petite, elle avait plusieurs de ces petites peluches aux grands yeux ronds. Elle leur donnait des voix, des personnages, des rôles. Elles se parlaient entre elles, jouaient des scènes, exprimaient des choses qu’elle-même avait du mal à formuler autrement. Par leurs voix, elle abordait ce qui était compliqué, mettait des mots sur des émotions qu’elle n’arrivait pas encore à identifier seule.

En grandissant, elle n’a pas arrêté. Elle a continué à les utiliser, différemment, mais avec la même fonction profonde. Et surtout, elle les a partagés avec sa mère. C’était un jeu entre elles. Un langage secret.
Et quand une épreuve arrivait, quand elle avait besoin de réconfort, elle emportait un Moncchichi avec elle.

Je l’écoute, et je vois sur son visage quelque chose de lumineux. Un sourire qui vient de loin.

Et puis son visage s’est assombri

Elle s’est tue un moment.

Quand sa mère est morte, N. a glissé les Moncchichi dans le cercueil. Parce que sa mère en aurait besoin, de là où elle allait. Pour qu’elle ne soit pas seule. Pour qu’il y ait quelque chose de familier, de doux, qui parte avec elle. Et puis, elle lui avait promis…

C’était un geste d’amour absolu.

Mais là, pendant l’accompagnement, elle réalise quelque chose. Elle réalise que depuis la mort de sa mère, il lui manque ce lien physique. Celui qu’elle avait avec sa mère, bien sûr, mais aussi celui qu’elle avait avec ces peluches. C’est quelque chose qu’elle n’avait pas conscientisé. Ce lien, ce langage, cet espace intérieur qu’elles lui ouvraient, elle en a besoin. Et physiquement.

On réfléchit ensemble. Et la solution arrive, simple et évidente.

Elle va s’en acheter un nouveau. Un nouveau Moncchichi, rien que pour elle. Pas dans une idée de remplacement, ceux qu’elle avait sont très bien où ils sont. Mais plutôt dans une idée de continuité. Pour poursuivre le lien.
Parce que tout le monde sait que les peluches communiquent entre elles, même à distance. Celui-là transmettra les messages. Elle pourra lui dire ce qu’elle a sur le cœur, et il fera suivre.

C’est décidé. Elle me le présentera lors de notre prochain rendez-vous.

Matérialiser le deuil avec un objet : pourquoi c’est une très bonne idée ?

Cette histoire m’a beaucoup touchée. Elle n’est pas extraordinaire, mais elle dit quelque chose d’universel que j’observe régulièrement dans mes accompagnements.

Le deuil a besoin de prendre forme quelque part. D’avoir un endroit où se poser.

Certaines personnes dorment avec un gros traversin depuis que leur conjoint est parti : pour sentir une présence, un poids, une chaleur approximative dans le lit devenu trop grand.

D’autres portent une pierre dans leur poche, un porte-clé, un grigri. Pour garder un lien, toujours dans la poche. Pour être sûr de ne pas oublier. Ou pour se sentir plus fort pendant les moments de détresse…

Un gros lapin rose en peluche qui trône sur le canapé et qu’on serre fort les mauvais soirs. Une bougie dédiée à la personne qu’on aimait, et qu’on allume quand on veut se sentir en lien avec elle.

Des objets pour traverser le deuil, qui peuvent sembler anodins, enfantins, un peu étranges parfois, mais qui remplissent une fonction réelle et profonde.

Ces objets sont ce que les psychologues appellent des objets transitionnels. Un concept que Winnicott a développé pour les enfants : ce doudou, cette couverture qui fait le lien entre le monde intérieur et le monde extérieur, entre la sécurité et l’inconnu.

Mais les adultes en ont besoin aussi. Surtout dans le deuil, quand le monde a basculé et qu’on cherche quelque chose de stable auquel s’accrocher.

Ce n’est pas une régression. Ce n’est pas bizarre. C’est une réponse intelligente et créative à quelque chose d’immense.

vivre le deuil sans censure et sans honte

Oser vivre son deuil à sa façon, sans honte

S’acheter une peluche à 55 ans, ça peut avoir un côté très régressif. C’est pour ça que N. ne m’avait pas parlé directement de son envie d’en acheter un. Elle y avait pensé, mais elle s’était auto censurée.
C’est une réaction très courante. Quand on est en deuil, on se sent très vulnérable. Alors on a peur de mal faire, d’être ridicule, de s’enliser…

N. pensait que pour avancer dans son deuil, elle devait chercher à couper le lien avec sa maman. Qu’elle sorte de sa vie. Sans pour autant l’oublier, mais attendre et espérer très fort qu’elle y penserait de moins en moins, et que ça serait de moins en moins douloureux…
Quand je lui ai proposé de s’acheter un Moncchichi pour elle, j’ai senti la joie de la petite fille revenir. Et c’est comme si je lui avais donné l’autorisation de faire ce qu’elle avait envie de faire. Je l’ai simplement rassurée : Avoir besoin d’un objet pour traverser son deuil, c’est normal. Et si ça lui fait du bien, alors elle peut le faire !

C’est souvent comme ça que ça se passe. Les personnes en deuil savent, quelque part, ce dont elles ont besoin. Elles ont juste parfois besoin d’un espace pour l’entendre elles-mêmes, et pour sortir de la censure.

Le deuil n’a pas de cadre prédéfini. Et le réconfort ne devrait pas en avoir non plus.

Vous traversez un deuil et souhaitez être accompagné ?

Laetitia gauthier Plisson, mosaïste funéraire et accompagnante professionnelle du deuil

Laetitia Gauthier Plisson

Depuis 2006, je mets la couleur et la matière au service du souvenir. Mosaïste funéraire et accompagnante du deuil, je travaille avec les familles pour créer des hommages qui leur ressemblent.

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4 réponses

  1. Merci pour cet article ! J’ai également perdu ma maman, nous avions un lien avec les fleurs, plus précisément les bouquets de fleurs naturelles cueillis dans le jardin. Aujourd’hui, à chaque fois que je crée un bouquet ou que je suis émerveillée par des jolies fleurs, je pense à elle. C’est comme un lien invisible. Je comprends tellement cette personne que tu aides à s’autoriser l’achat d’une peluche. Merci pour cet article qui aide à mieux vivre le deuil sans culpabiliser.

    1. Merci pour ce partage ! Le deuil s’inscrit aussi dans des choses simples, physiques, sensorielles… Et c’est bon d’en prendre conscience, et d’en prendre soin. Un bouquet de fleurs, une peluche… Tout ce qui fait du bien nous aide à traverser le deuil !

  2. Très touchant 🙂 merci pour cet article.
    L’objet transitionnel est très précieux, dans le deuil ou autres circonstances difficiles. De mon coté, pour me soutenir dans l’une ou l’autre chirurgies un peu pénibles, j’avais un ours en peluche, acheté à l’âge adulte. Une infirmière m’a demandé: « c’est à votre enfant? » Non, c’est le mien parce que son poil doux et son ventre dodu me tiennent compagnie quand j’ai mal au corps ou à l’âme. C’est toujours positif de réconforter son enfant intérieur, quelle que soit la circonstance!

    1. Oh, super d’avoir osé avoir ta peluche, adulte, à l’hôpital ! Merci pour ton partage ! Et je suis tout à fait d’accord : on a le droit à la régression, aux moments de mauvaise forme, c’est normal et humain. Et si une peluche peut aider, alors, on prend !

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