Mosaïque funéraire, accompagnement du deuil

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Mosaïque funéraire, accompagnement du deuil : parlons de vos projets au 06 01 97 70 71

faire un tatouage deuil et lui donner du sens

Tatouage et deuil : inscrire l’invisible sur sa peau

Il y a quelques semaines, j’écoutais la radio quand une voix m’a arrêtée net. Celle de Mosimann. Vous connaissez peut-être le DJ, le compositeur, le Quentin de la Star Ac’ qui a bien changé depuis. Ce mercredi-là, dans sa chronique sur France Inter, et dans le Grand Portrait qui a suivi, il a raconté une histoire que personne ne connaissait encore.

L’histoire d’un homme qui n’avait pas prévu d’être père. Qui avait même signé un papier disant qu’il ne devait rien à personne. Et qui, au moment de faire le peau à peau avec un nouveau-né, parce que la sage-femme le lui avait proposé, parce qu’il ne savait même pas vraiment ce que c’était, avait reçu ce qu’il appelle « l’électrochoc le plus grand de toute sa vie ».

En une fraction de seconde, il était devenu père. Il a pleuré. Il est retourné voir son amie et il a proposé de reconnaître la petite fille. Le contrat a été déchiré.

Ce qui m’a touchée, c’est ça : il n’avait pas choisi de devenir père. C’est la vie qui l’a cueilli. Et il s’est laissé cueillir.

Quelques jours après avoir partagé cette histoire avec le monde, il s’est fait tatouer dans un festival, entre deux sets, en public. Deux chiffres sur la jambe : 00:08. L’heure de naissance de sa fille Hayden.

Il ne risquait pas d’oublier cette heure. Personne n’oublie ça. Alors pourquoi l’inscrire sur sa peau ?

Un tatouage, ce n’est pas un aide-mémoire

On pourrait croire que les tatouages de deuil, ou ceux qui marquent les grands moments de vie, servent à ne pas oublier. Mais je ne crois pas que ce soit ça. On n’oublie pas l’heure de naissance de son enfant. On n’oublie pas le prénom de quelqu’un qu’on a perdu. Ce que le tatouage fait, c’est autre chose.

Il inscrit dans le corps quelque chose qui n’a pas de forme visible. Un avant et un après. Une transformation intérieure si grande qu’on a besoin de la loger quelque part de concret, de permanent, de tangible.

Le tatouage ne s’adresse pas à la mémoire. Il s’adresse à l’identité.
Il dit : ici, quelque chose s’est passé. Et je le porte.

C’est peut-être pour ça que ce geste touche si fort quand on l’apprend. Parce qu’il dit, sans détour, que cet événement a changé la personne de manière irréversible. Qu’elle ne marchera plus tout à fait pareil dans la rue.

Le corps comme premier support de mémoire

Le tatouage est unique parmi toutes les formes de souvenir. Il vit avec nous. Il vieillit, il se déforme, il suit nos courbes et nos cicatrices. Un tatouage ne peut pas être rangé dans un tiroir, égaré dans un déménagement, ou oublié sur une étagère. Il est là, tous les matins, quand on se lève.

C’est peut-être la forme de mémoire la plus incarnée qui soit. Quand quelqu’un porte un tatouage deuil, le prénom d’un parent disparu, une date de naissance et de mort, une silhouette reconnue entre mille, ce n’est pas un objet qu’il tient. C’est une partie de lui. La peau se souvient à la place du cœur quand le cœur est trop plein pour porter seul.

Et puis il y a quelque chose de profondément actif dans ce choix. On ne subit pas un tatouage. On le choisit, on l’endure, on l’assume. Ce petit moment de douleur physique que Mosimann évoque avec un sourire, ce n’est pas anodin. C’est le corps qui dit : je prends ça au sérieux.

Et pourtant, les tatouages disparaissent aussi

Il y a un paradoxe que peu de gens formulent, mais que beaucoup ressentent au moment d’un deuil. Le tatouage est censé être permanent. C’est même sa définition. Et pourtant, il meurt avec la personne qui le porte.

Quand on perd quelqu’un qui était tatoué, on perd aussi tout ce qu’il avait choisi d’inscrire sur lui. Ces images qui faisaient partie de son identité, de son histoire, de ce qu’il voulait montrer au monde. Elles disparaissent avec le corps. Les proches se retrouvent parfois à regretter de n’avoir pas de trace de ces tatouages, pas même une photo nette. Quelque chose d’intime et d’irremplaçable s’en va.

C’est cette réalité que j’ai découverte au Salon Funéraire de Paris, où j’ai rencontré l’équipe de si-de.be.

Quand la gravure prend le relais

Si-de.be est une entreprise belge qui propose quelque chose de simple dans son principe, et de très fort dans ce qu’il représente : transformer le tatouage d’un défunt en gravure sur bois. À partir de photos, le tatouage est isolé, retravaillé en dessin numérique, puis gravé sur du bois de peuplier et encadré.

Ce n’est pas une photo du défunt. Ce n’est pas son portrait. C’est quelque chose qu’il avait choisi de porter. C’est, d’une certaine façon, sa voix visuelle : ce qu’il voulait que le monde voie de lui.

Pour les familles qui reçoivent cet objet, c’est une manière de garder une trace du tatouage en mémoire du défunt, de ce que cette personne avait elle-même choisi de rendre visible. Une façon de continuer le geste là où le corps ne peut plus le porter.

Je fais naturellement ce parallèle avec la mosaïque funéraire. Ici aussi, il s’agit de prendre quelque chose d’invisible, le lien, l’amour, la présence de quelqu’un, et de lui donner une forme que le temps ne peut pas effacer. Les matériaux changent, le geste est le même.

Ce que tout cela dit de nous

Se faire tatouer une heure de naissance.
Graver le tatouage d’un parent disparu.
Créer une mosaïque en hommage à quelqu’un qu’on a aimé.
Ces gestes sont différents en apparence. Mais ils répondent tous à la même nécessité humaine : rendre visible ce qui ne se voit pas. Donner un corps à ce qui n’en a plus, ou à ce qui n’en a jamais eu.

Le tatouage hommage d’un défunt, comme tous les objets de mémoire, n’est pas fait pour celui qui est parti. Il est fait pour ceux qui restent. Pour qu’ils aient quelque chose à toucher, à regarder, à montrer. Pour qu’ils puissent dire, eux aussi, à leur manière : ici, quelque chose s’est passé. Et je le porte.

Mosimann portera 00:08 sur sa jambe toute sa vie. Hayden grandira, et un jour peut-être, elle regardera ces deux chiffres et comprendra ce qu’ils signifient vraiment.
Pas juste une heure. Un électrochoc. Une décision prise en une fraction de seconde. Un père qui ne savait pas qu’il l’était, jusqu’à ce qu’il le soit.

Et vous, y a-t-il quelque chose que vous portez, ou que vous aimeriez porter, pour garder trace de ce qui compte ?

Une question, un projet, une envie d’échanger ?

Laetitia gauthier Plisson, mosaïste funéraire et accompagnante professionnelle du deuil

Laetitia Gauthier Plisson

Depuis 2006, je mets la couleur et la matière au service du souvenir. Mosaïste funéraire et accompagnante du deuil, je travaille avec les familles pour créer des hommages qui leur ressemblent.

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10 réponses

  1. Je découvre ce blog, il est vraiment très intéressant ! J’aime l’idée de garder un souvenir tangible, représentant la personne d’une manière personnelle. Alors cette idée de recréer le tatouage… Pourquoi pas, c’est très original. Je me dis que j’aurais pu faire ça pour mon papa…

    1. Merci pour ton message !
      J’ai été surprise aussi de découvrir cette façon de garder un souvenir du défunt par l’image de son tatouage… Et je sais que ça peut faire sens pour certaines personnes, alors je partage ! Ravie si ça peut faire écho chez toi !

  2. Bonjour Laëtitita,
    Merci pour cet article plein d’émotions.
    J’en ai encore des frissons.
    L’idée du tatouage est excellente, je me suis permise de partager ton article à mon amie funeral planner.

    J’ai hâte de lire tes prochains articles !

  3. Qu’il s’agisse d’encre sous la peau, de bois gravé ou de pierres assemblées, l’intention reste la même. Il ne s’agit pas d’empêcher l’oubli, mais de donner une forme tangible à l’amour et au souvenir pour pouvoir continuer à avancer avec eux.
    Un joli texte sur ce besoin viscéral de rendre visible l’invisible.

    1. Merci Pamela !
      Pourquoi certaines personnes ressentent ce besoin et pas d’autres… encore une question que je n’ai pas élucidée !

  4. Merci pour cet article plein de sens Laetitia. 😊 Je pense aussi qu’un tatouage de deuil ne sert pas à rester bloqué dans la douleur, mais à garder un lien vivant avec la personne aimée et à avancer avec elle autrement.

    1. Oui. Je vois ce besoin chez beaucoup de personnes de se faire tatouer suite à un deuil ou à un événement marquant de leur vie, sans pour autant que ça les bloque. Simplement comme une marque de vie qui s’inscrit sur le corps, qui est visible.

  5. J’aime l’idée que le tatouage ne sert pas à se souvenir, mais à inscrire une transformation dans son identité. Une réflexion sensible et qui fait vraiment réfléchir.

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